LA BRETAGNE
ET SON HISTOIRE


 

L'ARMORIQUE AVANT L'ARRIVÉE DES BRETONS
a) Les populations armoricaines
b) Les mégalithes
c) La romanisation de l'Armorique

 

LES BRETONS EN ARMORIQUE
Les saints nationaux de la Bretagne-Armorique

 

LA LUTTE CONTRE LES FRANCS : FORMATION DE L'UNITÉ BRETONNE

 

LA ROYAUTÉ BRETONNE

 

LES INVASIONS NORMANDES

 

LES PREMIERS DUCS DE LA BRETAGNE FÉODALE

 

LA MAISON DE DREUX

 

LA GUERRE DE SUCCESSION DE BRETAGNE (1341-1365)

 

LES DERNIERS DUCS DE BRETAGNE

 

LA FIN DE L'INDÉPENDANCE BRETONNE
a) Anne de Bretagne (1488-1514)
b) L'union de la Bretagne à la France

 

LA BRETAGNE, PROVINCE FRANÇAISE
a) Le nouveau régime politique et administratif
b) Les guerres de la Ligue
c) La révolte du Papier Timbré (1675)
d) La conspiration de Pontcallec (1720)
e) L'affaire de Bretagne

 

LA BRETAGNE SOUS LA RÉVOLUTION FRANÇAISE
a) Les débuts de la Révolution
b) La question religieuse
c) Le fédéralisme et la Terreur
d) La Chouannerie

 

 

 

 

1. - L'ARMORIQUE AVANT L'ARRIVÉE DES BRETONS

 

 

 

A) Les populations armoricaines

Avant la venue des Bretons, la péninsule que nous habitons était désignée sous le nom d'Armorique, ou pays des peuples "sur la mer". Ces peuples, qui étaient des Celtes, se partageaient entre cinq tribus:

- Les VÉNÈTES avec Vannes comme capitale.

- Les NAMNÈTES, un mot que l'on retrouve dans la prononciation bretonne de Nantes: "Naoned".

- Les REDONES, dans le bassin de la Vilaine.

- Les CURIOSOLITES, dans le pays de Dinan (capitale présumée: Corseul).

- Les OSISMES, qui avaient pour capitale Vorganium, sur l'emplacement de Carhaix.

B) Les mégalithes

Ces tribus gauloises succédèrent, environ 500 ans avant J.-C., aux populations plus anciennes du Néolithique, de l'Age du Bronze et du début du Fer.
C'est à la fin de la période néolithique qu'ont été construites les sépultures mégalithiques. Elles sont bâties sur deux plans différents-; soit une chambre ronde ou polygonale avec galerie d'accès: dolmens (Kercado, en Carnac), soit en simple couloir sans différenciation de chambre: allées couvertes (Mougo, en Commana).
Au début de l'âge du Bronze, alors que dolmens et allées couvertes ont pu continuer d'être utilisés, sont apparues des tombes individuelles, simples coffres rectangulaires creusés dans le sol et recouverts d'un tumulus (Tanouedou, en Bourbriac). Les grands tumulus de la région de Carnac, Locmariaquer, Arzon (Saint-Michel, Mené-Lud, Arzon) sont de l'extrême fin du Néolithique et contiennent chacun une chambre fermée.
Les menhirs, symboles d'un culte religieux, datent de cette époque néolithique-bronze ancien. Beaucoup sont isolés, et c'est parmi ces derniers que l'on trouve les plus beaux et les plus grands (Kerloas, en Plouarzel: 12 mètres). Ils peuvent aussi être groupés en enceintes circulaires ou rectangulaires. Quant aux alignements, si ceux de Carnac et d'Erdeven sont célèbres, Penmarc'h, Camaret (Lagadyar), Jugon... n'en possèdent pas moins des restes d'ensembles importants.
Si la Bretagne est très riche en mégalithes, il en existe également beaucoup ailleurs, dans le monde entier; ainsi, en France, c'est le département de l'Aveyron qui possède le plus grand nombre de dolmens. En Armorique, la distribution de ces sépultures est très caractéristique: les dolmens sont exclusivement littoraux, tandis que les allées couvertes parsèment tout le pays. De façon générale, la présence de mégalithes est assez directement liée à la possibilité de débitage de blocs de pierre.

 

 

C) La romanisation de l'Armorique

Nous avons étudié, au cours d'un précédent chapitre, dans quelles circonstances les Romains firent la conquête de l'Armorique. On trouve encore de nombreux vestiges de leur occupation. Les Romains avaient notamment construit en Armorique un réseau de routes absolument remarquable. On connaît les grandes voies qui reliaient entre elles les principales cités (de Nantes à Brest par Vannes et Carhaix, de Vannes à Rennes...), mais on est loin d'avoir identifié les voies dites secondaires dont on trouve ça et là des tronçons. Le long de ces voies, les Romains avaient établi des relais militaires et des retranchements. Des découvertes encore fréquentes de tuiles et de briques témoignent aussi de l'existence de villas. Par contre, les traces de temple sont rares. Il subsiste seulement ça et là quelques pans de mur d'une construction originale, comme à Pluherlin, au lieu-dit La Grée-Mahé.
La romanisation amena l'abandon lent, mais progressif du gaulois. Les habitants se mirent à parler, en même temps que le gaulois, le latin vulgaire d'où sont sortis le roman puis le français. C'est sans doute à la "receltisation" de l'Armorique aux V
e et VIe siècles par les Bretons de la Grande-Bretagne que nous devons aujourd'hui de parler une langue celtique.

 

 

 

2. - LES BRETONS EN ARMORIQUE

 

 

 

A) L'immigration bretonne

Nous avons déjà vu que l'installation des Angles et des Saxons en Grande-Bretagne détermina les Bretons, dépossédés de leurs terres, à venir chercher refuge en Armorique.
On ne sait pas grand-chose de certain sur l'accueil que reçurent les bandes d'immigrants qui se succédèrent depuis l'an 440 jusque vers l'an 600. Sans doute la conquête ne souleva-t-elle pas de résistance dans les parties les plus désertes alors vastes de la péninsule. Mais là où les populations primitives étaient demeurées suffisamment denses, des heurts se produisirent. Ce fut le cas, à la fin du VI
e siècle, dans le pays des Vénètes où le chef breton WAROCH dut s'imposer par la force.

 

 

B) Les saints nationaux de la Bretagne-Armorique

Qui étaient-ils ? - L'examen d'une bonne carte de Bretagne permet d'y relever une multitude de lieux (communes, hameaux, chapelles, fontaines) qui portent le nom . d'un "saint". La plupart de ces "saints" sont venus avec les immigrants déjà convertis au christianisme, tandis que l'Armorique était demeurée en grande partie païenne. L'existence de beaucoup d'entre eux ne nous est connue que par les légendes dorées dont s'entourent leurs noms. Citons Guénolé, fondateur du monastère de Landévennec; Corentin, évêque de Quimper; Guénaël, lequel s'établit à Groix; Gildas, fondateur du monastère de Rhuys; Hervé, le barde aveugle et dompteur de loups; Tugdual, Malo, Méen, Ronan, Méloir, Gunthiern, sans compter les saintes: Gwenn, Trifine, Noluen, Nennoc'h, et une foule de personnages qui furent tous des bienfaiteurs publics. La reconnaissance du peuple les a portés sur les autels.
Un culte spécial fut voué aux fondateurs d'évêchés: les "Sept Saints" de Bretagne: Corentin (Quimper), Pol Aurélien (Saint-Pol-de Léon), Tugdual ou Tudal Tréguier), Brieuc (Saint-Brieuc), Samson (Dol), Malo (Saint-Malo) et Patern (Vannes). Le pèlerinage que chaque Breton était tenu de faire au moins une fois à leurs sanctuaires, prenait le nom de "Tro Breiz" (Tour de Bretagne).
L' oeuvre religieuse, économique et politique des "saints" bretons. - A l'arrivée des Bretons en Armorique, les deux grands évêchés,gallo-romains de Rennes et de Nantes étaient seuls convenablement organisés. Le principal de l' uvre des "saints" fut de mettre sur pied une organisation religieuse. On leur doit la création des évêchés de Quimper, Léon, Vannes, Tréguier, Saint-Brieuc, Saint-Malo et Dol, ainsi que la fondation des paroisses primitives, celles dont le nom commence par "plou" (Ploudaniel, Plouédern...). Les "lan" supposent l'existence d'une "terre consacrée", église ou plus souvent monastère (Lannilis, Landévennec). Les "tré" correspondent à des trêves, c'est-à-dire des subdivisions de la paroisse primitive. Les "loc" (ermitage) sont de formation plus récente (Locmélar...). Enfin les nombreux Ker (en Haute-Bretagne, Guer, Car...) sont de formation tardive; ils ont désigné initialement des domaines ruraux (latin "villa"), puis des localités (français "ville"), de nos jours le mot ker a le sens plus restrictif de maison, foyer.
A l'actif des "saints" bretons figure aussi la mise en valeur des terres, commencée autour des monastères par le défrichement des forêts. De plus, ils furent, sinon toujours des chefs politiques, tel Conwoïon, du moins très souvent des conseillers des chefs locaux.

 

 

C) Organisation politique

L'autorité politique s'exerçait dans le cadre de principautés dont les trois les plus importantes étaient le BRO-EREC, notre Morbihan d'aujourd'hui, la CORNOUAILLE et la DOMNONÉE, qui s'étendait du Léon au Mont Saint-Michel.
Le personnage le plus célèbre de la Cornouaille a été le roi GRADLON, contemporain de saint Guénolé et de saint Corentin. Son nom demeure attaché à la légende de la ville d'Is et au souvenir de sa fille, la belle Dahut ou Ahès.
Au souvenir de la Domnonée, se rattachent le nom légendaire de CONOMOR, une sorte de Barbe-Bleue qui martyrisa sa femme, sainte Trifine; et celui de saint Judicaël, contemporain de Dagobert.

 

 

 

3. - LA LUTTE CONTRE LES FRANCS :
FORMATION DE L'UNITÉ BRETONNE

 

 

 

Dans leur poussée vers l'est, les Bretons devaient inévitablement se heurter aux Francs qui, depuis Clovis, contrôlaient une bonne partie de la Gaule. Les Armoricains du pays de Vannes sollicitèrent l'appui des Francs contre les immigrants bretons. Malgré cette aide, Waroch parvint à étendre son influence au-delà de la Vilaine, dans le pays Guérandais...
Par la suite, Charlemagne chercha à placer la Bretagne sous son contrôle. Trois expéditions furent dirigées contre les Bretons; mais dès la mort de l'empereur, les révoltes recommencèrent, conduites par les valeureux MORVAN et GUYONVARC'H.
NOMINOÉ. Le fils de Charlemagne, Louis le Débonnaire, crut avoir trouvé une solution à cet état de perpétuelle agitation en confiant le gouvernement de la Bretagne à un chef breton, Nominoé, lequel maintint le pays en paix et soumis aux ordres de l'empereur Louis jusqu'à la mort de ce dernier. A l'avènement de Charles le Chauve, Nominoé s'estima délié de son serment. Ce fut la guerre. Nominoé la termina victorieusement à Ballon, près de Bains-sur-Oust, où les Francs furent écrasés (845).
Nominoé étendit sa domination sur les pays de Rennes et de Nantes. Pendant une dizaine d'années, il gouverna la Bretagne en maître. Il n'hésita même pas, pour soustraire les évêques bretons à l~obédience de l'archevêque franc de Tours, à proclamer Dol métropole religieuse de la Bretagne.
Nominoé fut le fondateur de la monarchie et de l'unité bretonnes. n fixa pour des siècles le destin de la Bretagne dont il est le héros national par excellence.
Peut-être entretenait-il un dessein plus vaste ? Sa marche conquérante fut arrêtée à Vendôme où il mourut le 7 mars 851.

 

 

 

4. - LA ROYAUTÉ BRETONNE

 

 

 

ERISPOÉ, fils de Nominoé, avait hérité de la valeur guerrière de son père et consolida son uvre après avoir battu à son tour Charles le Chauve près du Grand-Fougeray. Le roi Franc le reconnut comme roi des Bretons dans les limites historiques établies déjà par Nominoé. Puis les deux princes également inquiets des incursions normandes conclurent un accord dont certaines dispositions irritèrent Salomon, cousin d'Erispoé. Il ourdit une conspiration qui aboutit à l'assassinat d'Erispoé en l'an 857.
SALOMON (Salaun en breton) réalisa aux dépens des Francs la plus grande Bretagne qui fut jamais, et dans laquelle il intégra une partie de l'Anjou, du Maine et le Cotentin. n a laissé le souvenir d'un administrateur autoritaire, rendant la justice en personne ou par l'entremise de ses délégués. Sa souveraineté s'affirme dans les actes officiels qui portent à la signature: "Seing du roi Salomon". La tradition populaire le vénéra comme un saint après qu'il eut été à son tour victime d'une conspiration à l'instigation de son gendre Pascwiten et de Gurvand, gendre d'Erispoé.

 

 

 

5. - LES INVASIONS NORMANDES

 

 

 

A la mort de Salomon, profitant des disputes des princes bretons, les Normands ravagèrent systématiquement le pays. ns finirent par être écrasés à Questembert en 888 par ALAIN LE GRAND qui fut alors reconnu comme roi par la Bretagne entière. Pendant son règne le pays connut une longue période de paix et de prospérité.
Retour des Normands. - Après la mort d'Alain le Grand (907), les Normands revinrent et dévastèrent tout le pays. Les abbayes de Landévennec et de Redon furent saccagées, Nantes détruite. Nobles et moines durent s'enfuir. Cette période d'affreuse désolation dura près de trente années, jusqu'au retour d'Angleterre d'ALAlN BARBE-TORTE. Revenu en Bretagne sur les instances du chef des moines de Landévennec, ce petit-fils d'Alain le Grand livra des batailles victorieuses à Plourivo, sur le littoral du Léon, à Nantes et enfin à Trans (939) où les dernières bandes de Normands furent exterminées. Jusqu'à sa mort, survenue en 952, le duc Alain s'emploiera à relever le pays de ses ruines.

 

 

 

6. - LES PREMIERS DUCS DE LA BRETAGNE FÉODALE

 

 

 

Après la mort d'Alain Barbe-Torte, une rivalité devait opposer les princes de la Maison de Nantes à ceux de la Maison de Rennes. En 1066, la succession passa à la Maison de Cornouaille qui régna jusqu'en 1148.

 

 

La domination des Plantagenets (1148-1203)

Profitant des troubles qui s'élevèrent autour de la succession de CONAN III, les Plantagenets, rois d'Angleterre, essayèrent de dominer la Bretagne et de la maintenir sous une véritable tutelle. En 1203, JEAN SANS TERRE fit égorger le jeune ARTHUR, protégé par Philippe-Auguste. Ce meurtre de l'héritier du trône de Bretagne vint anéantir les espoirs des Bretons. Car il était l'héritier légitime des Plantagenets par son père GEFFROY, fils d'Henri II, dont les droits précédaient ceux de Jean Sans Terre. Si Arthur avait échappé au poignard de son oncle, il eut réuni de part et d'autre de la Manche les deux tronçons du glaive celtique, comme on l'espérait alors, et c'est pourquoi on voulut voir en lui le deuxième Arthur des Celtes. C'est dire que le destin du monde occidental eut été différent.

 

 

 

7. - LA MAISON DE DREUX

 

 

 

Cette famille fournit cinq ducs qui donnèrent à la Bretagne plus d'un siècle de calme et de prospérité (1212-1342).
Philippe-Auguste parvint à marier la princesse Alix, demi-s ur d'Arthur, à PIERRE DE DREUX, dit "MAUCLERC". Ce seigneur capétien prit le contrôle du duché de Bretagne (1212-1237), l'arrachant ainsi aux convoitises des Anglais. Sa politique contre la puissance temporelle de l'Église lui valut d'être excommunié par le pape. Il entra aussi en lutte contre les seigneurs et le roi saint Louis, opposés à l'unification du duché dont il sut faire un État aux institutions solides.
JEAN Ier LE ROUX, JEAN II, ARTHUR II et JEAN III LE BON succédèrent à Pierre Mauclerc de père en fils. Ils surent garder la paix avec l'Angleterre et avec la France tout en renforçant l'autorité ducale sur le clergé et sur les nobles.
C'est à cette époque que vécut saint YVES, de Tréguier (1253-1303), le parfait avocat des humbles, et que fut rédigée la Très ancienne coutume de Bretagne, uvre anonyme où se trouve consigné l'essentiel du droit breton du moyen âge.

 

 

 

8. - LA GUERRE DE SUCCESSION
DE BRETAGNE (1341-1365)

 

 

 

Le duc Jean III étant mort sans enfants, sa succession fut disputée par sa nièce JEANNE DE PENTHI VRE et par JEAN DE MONTFORT, issu d'un deuxième mariage du duc Arthur II avec Yolande de Dreux.
Jean de Montfort, qui venait d'obtenir l'alliance anglaise, prit les devants et s'empara d'un certain nombre de places importantes. Le camp adverse, appuyé par le roi de France, riposta aussitôt. Ainsi commença une longue et terrible guerre où la Bretagne, devenue un enjeu entre les rois de France et d'Angleterre, fut affreusement ravagée.
Jean de Montfort, tombé captif du roi de France, sa cause sembla perdue. Mais sa femme JEANNE DE FLANDRE, surnommée JEANNE LA FLAMME, se révéla un chef intrépide et indomptable. Elle est demeurée célèbre par le siège qu'elle soutint victorieusement à Hennebont~ en 1342 et en 1343 contre CHARLES DE BLOIS, le mari de Jeanne de Penthièvre.
Jean de Montfort, libéré au cours d'une trêve, devait mourir en 1345. Son fils, le futur JEAN IV, allait terminer à son avantage cette longue guerre, bien qu'il eût en face de lui un capitaine de la valeur de BERTRAND DU GUESCLIN. Après des péripéties dramatiques et des faits de bravoure, tel le Combat de Trente en 1351 sur la lande de Mi-Voie - entre Josselin et Ploërmel, après que la Bretagne eut été méthodiquement pillée par les troupes anglaises, l'explication finale eut lieu en 1364 près d'Auray. Charles de Blois fut tué, Du Guesclin fait prisonnier. Par le traité de paix signé à Guérande en 1365, le fils de Montfort fut reconnu duc de Bretagne sous le nom de JEAN IV.
AN ALARH: JEAN IV LE CONQUÉREUR (1365-1399).
JEAN IV est l'un des personnages les plus curieux de l'histoire de Bretagne. Devenu le seul maître du duché, il fut tour à tour honni, chassé, réclamé puis vénéré par tous les Bretons. Son anglophilie le fit détester du peuple qui le contraignit, dès 1373, à retourner en Angleterre où il avait été élevé.
Charles V commit alors l'erreur de vouloir confisquer le duché au profit de la couronne de France. Du coup, Jean IV fut rappelé, avec l'agrément de Jeanne de Penthièvre elle-même. Le 3 août 1379, il débarquait à Dinard au milieu de l'enthousiasme du peuple et des grands de Bretagne. Cette page de notre histoire est évoquée dans un très beau chant du Barzaz-Breiz: An Alarc'h (Le Cygne).

 

 

 

9. - LES DERNIERS DUCS DE BRETAGNE

 

 

 

JEAN V (1399-1442). Le fils du "Conquéreur" s'attacha à demeurer neutre entre la France et l'Angleterre que la Guerre de Cent Ans opposait alors. Sa politique de sagesse porta le duché à son apogée et lui valut une longue période de prospérité économique (tissage de toiles, essor maritime, floraison artistique: basilique du Folgoët, chapelle du Kreisker...). C'est sous son règne que vint, en Bretagne, le prédicateur espagnol saint Vincent Ferrier.
FRANÇOIS Ier (1442-1450) eut également un règne brillant, mais bref. L'emprisonnement de son frère Gilles accusé d'intelligence avec l'Angleterre, puis son exécution, provoquèrent une reprise des hostilités avec les Anglais.
PIERRE II (1450-1457) fit châtier les assassins de Gilles de Bretagne. Il eut pour épouse la Bienheureuse Françoise d'Amboise, mais mourut, comme son frère François Ier, sans laisser d'enfants. L'héritage ducal revint de droit à son oncle Arthur de Richemont, dernier frère survivant de Jean V.
ARTHUR DE RICHEMONT s'était rendu célèbre au service du roi Charles VII, dont il reçut l'épée de connétable (chef des armées). Il prit, aux côtés de Jeanne d'Arc, une part décisive dans la lutte victorieuse contre les Anglais. Devenu duc de Bretagne sous le nom d'ARTHUR III, il défendit énergiquement les prérogatives et l'indépendance du duché. Mais son règne fut éphémère (1457-1458).
FRANÇOIS II (1458-1488). La succession d'Arthur m revint à son neveu François II. Le nouveau duc, prince intelligent, mais indécis, eut à faire face à une situation difficile. Le roi Louis XI, homme persévérant et rusé, convoitait le duché et multipliait les intrigues.
François II contracta des alliances avec les ennemis du roi, suivant les conseils de son entourage, en particulier du trésorier général Pierre Landais, de Vitré. Mais après la mort de ce dernier, victime d'un complot organisé par les seigneurs du parti français (maréchal de Rieux, vicomte de Rohan...), une nouvelle guerre éclata avec la France. L'armée bretonne fut écrasée à Saint-Aubin-du Cormier le 28 juillet 1488. Cette défaite décisive aboutit au traité du Verger par lequel le duc s'engagea à ne pas marier ses filles sans le consentement du roi. Peu après, François II mourait de chagrin.

 

 

 

10. - LA FIN DE L'INDÉPENDANCE BRETONNE

 

 

 

A) Anne de Bretagne (1488-1514)

Duchesse à onze ans, Anne de Bretagne, fille de François II, révéla très tôt une intelligence politique de premier ordre. Avec l'aide de précieux conseillers, dont Philippe de Montauban, elle s'efforça de reconquérir par la voie diplomatique ce que les armes avaient fait perdre au duché. Elle rechercha, comme son père, l'alliance de la Maison d'Autriche, allant jusqu'à épouser par procuration Maximilien, roi des Romains et futur empereur. Aussitôt le roi de France invoqua les clauses du traité du Verger qui faisaient obligation à la duchesse de ne se marier qu'avec l'autorisation de Paris. La ville de Nantes fut livrée à Charles VIII par le sire d'Albret. Par cette brèche ouverte au flanc du duché, les troupes royales firent une pénétration en force et contrôlèrent bientôt l'ensemble du pays. Anne dut se soumettre. On organisa dès lors son mariage avec Charles VIII qui fut célébré le 6 décembre 1491 au château de Langeais, en Touraine. Devenue reine de France, Anne sut cependant sauvegarder par contrat les libertés et les prérogatives du duché.
Lorsque Charles VIII mourut en 1498, LOUIS XII, son successeur, fit casser à Rome son propre mariage pour épouser à son tour Anne de Bretagne, qui devint reine pour la deuxième fois.
Dans ce nouveau contrat, la duchesse-reine fit préciser, en les améliorant, les conditions d'une véritable autonomie bretonne dans le cadre du royaume. Elle obtint notamment:
- le droit de ne payer que les impôts consentis par les États de Bretagne;
- le droit d'appliquer les octrois uniquement à la défense du pays;
- le droit pour les Bretons de n'être jamais jugés hors du pays;
- le droit pour la noblesse bretonne de ne servir hors de Bretagne que dans le cas d'extrême nécessité.
A sa mort, survenue le 15 janvier 1514, alors qu'elle n'était âgée que de 37 ans, le peuple tout entier pleura celle qui devait être la dernière de ses souveraines.

 

 

B) L'union de la Bretagne à la France

Afin d'attacher définitivement la Bretagne à la France, François Ier épousa Claude, fille de la duchesse Anne. Puis il obtint des États de Bretagne, réunis à Vannes au début du mois d'août 1532, un acte d'union qui fut suivi d'un édit royal, lequel stipulait que "les droits et privilèges de Bretagne seraient gardés et observés inviolablement... sans y rien changer et innover".
C'était un véritable contrat bilatéral qui reconnaissait à la province de Bretagne une autonomie de fait et de droit. Aucun impôt ne devait être levé en Bretagne sans le consentement des États. Mais on verra peu à peu le pouvoir central multiplier les exigences. Il en résultera plus d'un conflit.

 

 

 

11. - LA BRETAGNE, PROVINCE FRANÇAISE

 

 

 

A) Le nouveau régime politique et administratif

La Bretagne fut désormais administrée par un gouverneur, représentant du roi de France dans la province. Ce haut personnage, souvent absent, était ordinairement remplacé par un lieutenant général- A partir du règne de Louis XIV jusqu'à la Révolution, les intendants furent les agents dévoués de l'absolutisme royal.
Les États de Bretagne se composaient de la noblesse, de représentants du clergé et de bourgeois de quarante villes. Ils se réunissaient tous les deux ans (une fois par an avant 1630) et leurs sessions duraient plusieurs mois. En matière d'impôt, leur autorité était souveraine.
Le Parlement enregistrait les édits du roi. C'était une cour de justice qui disposait aussi de pouvoirs administratifs et politiques, pouvant intervenir en matière de religion, d'enseignement, de santé publique, de police, etc. Défenseur de la légalité et du droit, le Parlement de Bretagne dut jouer, à plusieurs reprises, le rôle de rempart contre les excès du pouvoir central.

 

 

B) Les guerres de la Ligue

Malgré l'adhésion de grands seigneurs comme les Rohan, le protestantisme ne connut pas de succès durables en Bretagne. Les guerres de religion n'épargnèrent pourtant pas la province.
Le gouverneur, le duc de Merc ur, marié à une héritière directe de la famille bretonne de Penthièvre, pensa restaurer à son profit le duché de Bretagne. Il s'opposa au futur Henri IV, alors huguenot, et se fit un des chefs de la Ligue. Les protestants firent appel aux Anglais, tandis que les Espagnols accoururent au secours des Ligueurs. Pendant neuf années consécutives, la province se trouva en proie aux factions. Villes et campagnes furent dévastées par des chefs de bandes dont le plus célèbre, Guy de la Fontenelle, mit à sac la Cornouaille. Au siècle dernier, le souvenir de ses sinistres horreurs vivait encore dans la mémoire du peuple.
Finalement Mercoeur se soumit à Henri IV, à Nantes, en 1598. C'est dans cette ville que le roi signa le fameux édit de tolérance religieuse donnant la paix à tous.

 

 

C) La révolte du Papier Timbré (1675)

Sous Louis XIV devait éclater une révolte populaire et paysanne connue sous le nom de Révolte du Papier timbré ou des Bonnets rouges. Elle avait été provoquée par la prétention du roi de percevoir des droits sur le tabac, sur la vaisselle d'étain et de vouloir instituer le papier timbré. Des émeutes éclatèrent à Rennes, Nantes et Guingamp; les campagnes se soulevèrent. Les paysans de Cornouaille, en particulier, dressèrent un Code paysan où étaient déjà formulées les revendications de caractère révolutionnaire qui seront reprises dans les cahiers de 1789.
Le chef des révoltés de la région de Carhaix, Sébastien Le Balp, pensait marcher sur Morlaix, puis sur Quimper, lorsqu'il fut surpris et abattu. La révolte matée, une répression féroce s'ensuivit. Elle a fait le déshonneur du duc de Chaulnes, alors gouverneur de Bretagne. Dix mille hommes de troupe occupèrent la province et commirent des excès inouïs. Mme de Sévigné a parlé dans ses lettres des "vilaines langues" des milliers de paysans qui furent pendus aux branches, le long des routes. Le Parlement, coupable de n'avoir pas contenu la révolte, fut exilé à Vannes.

 

 

D) La conspiration de Pontcallec (1720)

Une autre révolte couva plus tard au XVIIIe siècle, sous la Régence. Ce fut le complot dit de Cellamare où se trouvèrent impliqués quelques gentilshommes, groupés dans l'association des Frères Bretons dont l'objet était d'obtenir- avec l'appui de l'Espagne - la restauration des privilèges de la province. Trahis, les conjurés durent pour la plupart leur salut à la fuite. Mais quatre d'entre eux, le marquis de Pontcallec, de Talhouët, de Montlouls et du Couëdic, furent arrêtés, jugés et décapités sur la place du Bouffay à Nantes, le 26 mars 1720.

 

 

E) L'affaire de Bretagne

Pendant tout le XVIIIe siècle, les États de Bretagne s'opposèrent au pouvoir royal dont les exigences en matière d'impôts ne cessaient de croître.
En 1765, le duc d'Aiguillon, "commandant en chef" de la province, entra en conflit avec les États, puis avec le Parlement. Le chef de l'opposition, le procureur général de la Chalotais, déjà célèbre par sa lutte contre les Jésuites et par son "Essai sur l'éducation nationale", fut arrêté et emprisonné au château du Taureau, près de Morlaix. Tout le pays prit parti pour le Parlement dont les membres avaient démissionné en bloc. Le duc d'Aiguillon dut abandonner ses fonctions.

 

 

 

12. - LA BRETAGNE
SOUS LA RÉVOLUTION FRANÇAISE

 

 

 

A) Les débuts de la Révolution

Sous Louis XVI, le Parlement et les États de Bretagne continuèrent de s'opposer à l'autorité des agents du roi cherchant sans relâche à limiter leurs pouvoirs en matière d'administration provinciale. Ce courant d'opposition qui ralliait la sympathie de l'opinion bretonne de l'époque, et plus encore le mécontentement des classes populaires dont les conditions d'existence étaient devenues misérables, expliquent l'adhésion des Bretons aux idées nouvelles qui préludaient à la Révolution française.
Les élections aux États généraux, convoqués pour le 1er mai 1789, suscitèrent un grand espoir dans la masse du peuple. A Versailles, les élus du tiers état - la noblesse et le haut clergé s'étaient refusés à désigner des représentants - se distinguèrent dès le début par leur fermeté dans les conflits avec le roi et la cour. Ils se groupèrent en un cercle, le Club breton, d'où devait sortir plus tard le fameux Club des jacobins.
Lors de la célèbre nuit du 4 août 1789, au cours de laquelle l'Assemblée constituante, présidée pour la circonstance par Le Chapelier, député de Rennes, décida d'abolir les privilèges, c'est Le Guen de Kerangal, député de Lesneven, qui enleva le vote par la harangue enflammée qu'il prononça à la tribune. C'est en Bretagne aussi que prit naissance le mouvement qui devait aboutir, le 14 juillet 1790, à la grandiose fête de la Fédération. Dès l'été 1789, six paroisses du Cap Sizun s'étaient ainsi fédérées afin de prévenir les tentatives possibles de contre-révolution. Leur exemple fut suivi par Pontivy où accoururent à l'instigation de l'étudiant morlaisien Moreau - le futur général de l'armée du Rhin - près de deux cents gardes nationaux bretons et angevins.
Avec la destruction de l'ancien régime disparaissaient du même coup les anciennes institutions de la Province, auxquelles demeuraient attachés la plupart des Bretons. Celle-ci fut divisée sur le modèle de la France entière en cinq départements par décret du 22 décembre 1789.

 

 

B) La question religieuse

Partout les "patriotes" s'employaient avec zèle à l'organisation du nouveau régime. Celui-ci, en mettant fin aux privilèges et au chaos administratif, et en proclamant l'égalité de tous les citoyens, ne pouvait que répondre au désir général des populations. Mais les choses se gâtèrent après que l'Assemblée eut voté, le 12 juillet 1790, la constitution civile du clergé dont Lanjuinais, avocat de Rennes, était un des auteurs. Quatre des neuf évêchés bretons furent supprimés. Le bas-clergé (recteurs et vicaires des campagnes) qui avait été dans son ensemble favorable jusque-là aux réformes politiques, se montra cette fois docile à la voix de ses évêques et refusa de se soumettre à la nouvelle législation religieuse, dénoncée d'ailleurs catégoriquement par le pape. Il n'y eut, en Bretagne, qu'un prêtre sur huit à prêter serment de fidélité à la Constitution civile. Ceux qui s'y refusèrent, les insermentés ou réfractaires, se condamnèrent à la clandestinité, mais gardèrent la confiance de leurs anciens fidèles, surtout dans les campagnes. Par contre, le clergé constitutionnel, dans les rangs duquel figuraient pourtant des hommes de valeur comme Le Coz, archevêque de Rennes, et Expilly, le savant évêque de Quimper, n'obtint pratiquement aucune influence sur les masses populaires.

 

 

C) Le fédéralisme et la Terreur

Sur les 43 députés bretons élus à la Convention, 14 seulement votèrent la mort de Louis XVI. Beaucoup d'entre eux se méfiaient des sections parisiennes et de la Commune de Paris à cause de la domination qu'elles prétendaient exercer sur l'Assemblée. Leur attachement à la Révolution demeurait toujours aussi ferme, mais la politique de violence et de centralisation excessive que pratiquait le Comité de salut public les rendait inquiets. Aussi presque tous prirent-ils le parti des Girondins, c'est-à-dire des fédéralistes et des modérés, contre celui des Montagnards, résolus à poursuivre beaucoup plus loin l'action révolutionnaire. Les départements bretons, le Finistère en particulier, armèrent des bataillons de volontaires pour le compte de l'armée fédéraliste qui tentait de se constituer en Normandie. Devenue victorieuse des Girondins, la Montagne ne pardonna pas à ceux qui s'étaient opposés à son zèle révolutionnaire. Vingt-six administrateurs du Finistère furent condamnés par le tribunal révolutionnaire institué à Brest et guillotinés en mai 1794.
Les anciens patriotes de 89, accusés de modérantisme, furent écartés des administrations et parfois incarcérés. La persécution religieuse s'intensifia et finit par s'étendre au clergé constitutionnel. Choisissant ses victimes parmi les prêtres réfractaires, les chouans, les suspects de toutes sortes, et quelquefois parmi les femmes, la Terreur sévit partout avec une implacable rigueur.

 

 

D) La Chouannerie

La division du clergé breton, en jetant le trouble dans les consciences dès la fin de 1790, devait créer un climat d'effervescence favorable à l'éclosion de mouvements contre-révolutionnaires. Le premier fut l'Association Bretonne de La Rouerie, héros de l'indépendance américaine, qui forma les cadres de la future chouannerie, mais ne put, après avoir réclamé une Constitution bretonne, appliquer son programme parce que son chef fut victime d'une trahison. Les troubles éclatèrent en mars 1793 lorsque la Convention, en guerre contre les monarchies européennes coalisées, dut multiplier les réquisitions (grains, fourrages, bétail...) et décréter la mobilisation de 300 000 hommes, puis une levée en masse qui se traduisait en fait par l'enrôlement obligatoire des hommes de 18 à 25 ans. Les révoltes se produisirent dans le Léon, autour de Saint-Pol-de-Léon et de Saint-Renan, dans les pays de Lamballe, de Fougères, de Vitré, et surtout dans la région qui s'étend de Pontivy à Nantes. Cependant, d'une façon générale, les paysans bretons satisfaits de la suppression du mode d'exploitation que l'on appelait "le domaine congéable", ne prirent pas part à la Chouannerie dont les effets allaient se prolonger jusqu'à l'avènement de Bonaparte. Le pays gallo y participa, ainsi que le Morbihan, mais le reste de la province demeura à l'écart de ce vaste mouvement insurrectionnel dévié en contre-révolution catholique et royaliste. Les chefs bretons les plus marquants en furent des gentilshommes, tels Boishardy dans les Côtes-du-Nord, Boisguy en Ille-et-Vilaine, lieutenant du marquis de La Rouërie; ou des paysans comme Jean Cottereau, dit Jean Chouan dans le pays de Vitré, Guillemot surnommé le "roi de Bignan". Le plus célèbre de tous fut le morbihannais Georges Cadoudal.
En juillet 1795, une petite armée d'émigrés convoyée par une escadre anglaise tenta de se joindre aux chouans du Morbihan. Le débarquement ne réussit pas. Bloqués par Hoche dans la presqu'île de Quiberon, les rebelles durent capituler. Près de 800 d'entre eux, au nombre desquels figurait le dernier évêque de Dol, furent passés par les armes à Auray et à Vannes.
Ce désastre ne mit pas fin à la chouannerie. Le calme et la paix religieuse ne revinrent qu'après la prise du pouvoir par Bonaparte. Encore restait-il des irréductibles qui complotèrent contre le premier Consul. Le plus obstiné de tous, Georges Cadoudal, arrêté par surprise, fut décapité à Paris en 1804.
Les derniers sursauts de la chouannerie se produisirent pendant la période des Cent Jours, alors que se jouait à Waterloo le sort de l'Empire, puis en 1831-1832 lorsque la duchesse de Berry tenta, en vain, de provoquer un soulèvement contre la monarchie de Juillet.