1. - L'ARMORIQUE
AVANT L'ARRIVÉE DES BRETONS
A) Les populations
armoricaines
Avant
la venue des Bretons, la péninsule que nous habitons était désignée
sous le nom d'Armorique, ou pays des peuples "sur la mer". Ces peuples,
qui étaient des Celtes, se partageaient entre cinq tribus:
- Les VÉNÈTES avec Vannes comme capitale. |
- Les NAMNÈTES, un mot que l'on retrouve dans la
prononciation bretonne de Nantes: "Naoned". |
- Les REDONES, dans le bassin de la Vilaine. |
- Les CURIOSOLITES, dans le pays de Dinan (capitale présumée:
Corseul). |
- Les OSISMES, qui avaient pour capitale Vorganium, sur
l'emplacement de Carhaix. |
B) Les mégalithes
Ces
tribus gauloises succédèrent, environ 500 ans avant J.-C., aux
populations plus anciennes du Néolithique, de l'Age du Bronze et du début
du Fer.
C'est à la fin de la période néolithique qu'ont été
construites les sépultures mégalithiques. Elles sont bâties
sur deux plans différents-; soit une chambre ronde ou polygonale avec
galerie d'accès: dolmens (Kercado, en Carnac), soit en simple couloir sans différenciation
de chambre: allées couvertes (Mougo, en Commana).
Au début de l'âge du Bronze,
alors que dolmens et allées couvertes ont pu continuer d'être utilisés,
sont apparues des tombes individuelles, simples coffres rectangulaires creusés
dans le sol et recouverts d'un tumulus (Tanouedou, en Bourbriac). Les grands tumulus de la région
de Carnac, Locmariaquer, Arzon (Saint-Michel, Mené-Lud, Arzon) sont de
l'extrême fin du Néolithique et contiennent chacun une chambre
fermée.
Les menhirs,
symboles d'un culte religieux, datent de cette
époque néolithique-bronze ancien. Beaucoup sont isolés,
et c'est parmi ces derniers que l'on trouve les plus beaux et les plus grands
(Kerloas, en Plouarzel: 12 mètres). Ils peuvent aussi être groupés
en enceintes circulaires ou rectangulaires. Quant aux alignements, si ceux de
Carnac et d'Erdeven sont célèbres, Penmarc'h, Camaret (Lagadyar),
Jugon... n'en possèdent pas moins des restes d'ensembles importants.
Si la Bretagne est très riche en
mégalithes, il en existe également beaucoup ailleurs, dans le
monde entier; ainsi, en France, c'est le département de l'Aveyron qui
possède le plus grand nombre de dolmens. En Armorique, la distribution
de ces sépultures est très caractéristique: les dolmens
sont exclusivement littoraux, tandis que les allées couvertes parsèment
tout le pays. De façon générale, la présence de
mégalithes est assez directement liée à la possibilité
de débitage de blocs de pierre.
C) La romanisation
de l'Armorique
Nous
avons étudié, au cours d'un précédent chapitre,
dans quelles circonstances les Romains firent la conquête de l'Armorique.
On trouve encore de nombreux vestiges de leur occupation. Les Romains avaient
notamment construit en Armorique un réseau de routes absolument remarquable.
On connaît les grandes voies qui reliaient entre elles les principales
cités (de Nantes à Brest par Vannes et Carhaix, de Vannes à
Rennes...), mais on est loin d'avoir identifié les voies dites secondaires
dont on trouve ça et là des tronçons. Le long de ces voies,
les Romains avaient établi des relais militaires et des retranchements.
Des découvertes encore fréquentes de tuiles et de briques témoignent
aussi de l'existence de villas. Par contre, les traces de temple sont rares.
Il subsiste seulement ça et là quelques pans de mur d'une construction
originale, comme à Pluherlin, au lieu-dit La Grée-Mahé.
La romanisation amena l'abandon lent, mais
progressif du gaulois. Les habitants se mirent à parler, en même
temps que le gaulois, le latin vulgaire d'où sont sortis le roman puis
le français. C'est sans doute à la "receltisation" de
l'Armorique aux V e et
VIe siècles par
les Bretons de la Grande-Bretagne que nous devons aujourd'hui de parler une
langue celtique.
2. - LES
BRETONS EN ARMORIQUE
A) L'immigration
bretonne
Nous
avons déjà vu que l'installation des Angles et des Saxons en Grande-Bretagne
détermina les Bretons, dépossédés de leurs terres,
à venir chercher refuge en Armorique.
On ne sait pas grand-chose de certain sur
l'accueil que reçurent les bandes d'immigrants qui se succédèrent
depuis l'an 440 jusque vers l'an 600. Sans doute la conquête ne souleva-t-elle
pas de résistance dans les parties les plus désertes alors vastes
de la péninsule. Mais là où les populations primitives
étaient demeurées suffisamment denses, des heurts se produisirent.
Ce fut le cas, à la fin du VIe siècle, dans le pays des Vénètes où le
chef breton WAROCH dut s'imposer par la force.
B) Les saints
nationaux de la Bretagne-Armorique
Qui
étaient-ils ? - L'examen d'une bonne carte
de Bretagne permet d'y relever une multitude de lieux (communes, hameaux, chapelles,
fontaines) qui portent le nom . d'un "saint". La plupart de ces "saints"
sont venus avec les immigrants déjà convertis au christianisme,
tandis que l'Armorique était demeurée en grande partie païenne.
L'existence de beaucoup d'entre eux ne nous est connue que par les légendes
dorées dont s'entourent leurs noms. Citons Guénolé, fondateur
du monastère de Landévennec; Corentin, évêque de
Quimper; Guénaël, lequel s'établit à Groix; Gildas,
fondateur du monastère de Rhuys; Hervé, le barde aveugle et dompteur
de loups; Tugdual, Malo, Méen, Ronan, Méloir, Gunthiern, sans
compter les saintes: Gwenn, Trifine, Noluen, Nennoc'h, et une foule de personnages
qui furent tous des bienfaiteurs publics. La reconnaissance du peuple les a
portés sur les autels.
Un culte spécial fut voué
aux fondateurs d'évêchés: les "Sept Saints" de
Bretagne: Corentin (Quimper), Pol Aurélien (Saint-Pol-de Léon),
Tugdual ou Tudal Tréguier), Brieuc (Saint-Brieuc), Samson (Dol), Malo
(Saint-Malo) et Patern (Vannes). Le pèlerinage que chaque Breton était
tenu de faire au moins une fois à leurs sanctuaires, prenait le nom de
"Tro Breiz" (Tour de
Bretagne).
L' oeuvre religieuse,
économique et politique des "saints" bretons. - A l'arrivée des Bretons en Armorique, les deux grands évêchés,gallo-romains
de Rennes et de Nantes étaient seuls convenablement organisés.
Le principal de l' uvre des "saints" fut de mettre sur pied une organisation
religieuse. On leur doit la création des évêchés
de Quimper, Léon, Vannes, Tréguier, Saint-Brieuc, Saint-Malo et
Dol, ainsi que la fondation des paroisses primitives, celles dont le nom commence
par "plou" (Ploudaniel, Plouédern...). Les "lan"
supposent l'existence d'une "terre consacrée",
église ou plus souvent monastère (Lannilis, Landévennec).
Les "tré" correspondent
à des trêves, c'est-à-dire des subdivisions de la paroisse
primitive. Les "loc" (ermitage) sont de formation plus récente (Locmélar...).
Enfin les nombreux Ker (en
Haute-Bretagne, Guer, Car...) sont de formation tardive; ils ont désigné
initialement des domaines ruraux (latin "villa"),
puis des localités (français "ville"),
de nos jours le mot ker a
le sens plus restrictif de maison, foyer.
A l'actif des "saints" bretons
figure aussi la mise en valeur des terres, commencée autour des monastères
par le défrichement des forêts. De plus, ils furent, sinon toujours
des chefs politiques, tel Conwoïon, du moins très souvent des conseillers
des chefs locaux.
C) Organisation
politique
L'autorité
politique s'exerçait dans le cadre de principautés dont les trois
les plus importantes étaient le BRO-EREC,
notre Morbihan d'aujourd'hui, la CORNOUAILLE
et la DOMNONÉE,
qui s'étendait du Léon au Mont Saint-Michel.
Le personnage le plus célèbre
de la Cornouaille a été le roi GRADLON, contemporain de saint
Guénolé et de saint Corentin. Son nom demeure attaché à
la légende de la ville d'Is et au souvenir de sa fille, la belle Dahut
ou Ahès.
Au souvenir de la Domnonée, se rattachent
le nom légendaire de CONOMOR, une sorte de Barbe-Bleue qui martyrisa
sa femme, sainte Trifine; et celui de saint Judicaël, contemporain de Dagobert.
3. - LA
LUTTE CONTRE LES FRANCS :
FORMATION DE L'UNITÉ BRETONNE
Dans leur poussée
vers l'est, les Bretons devaient inévitablement se heurter aux Francs
qui, depuis Clovis, contrôlaient une bonne partie de la Gaule. Les Armoricains
du pays de Vannes sollicitèrent l'appui des Francs contre les immigrants
bretons. Malgré cette aide, Waroch parvint à étendre son
influence au-delà de la Vilaine, dans le pays Guérandais...
Par la suite, Charlemagne chercha à placer la Bretagne sous son contrôle.
Trois expéditions furent dirigées contre les Bretons; mais dès
la mort de l'empereur, les révoltes recommencèrent, conduites
par les valeureux MORVAN et GUYONVARC'H.
NOMINOÉ. Le fils de Charlemagne,
Louis le Débonnaire, crut avoir trouvé une solution à cet
état de perpétuelle agitation en confiant le gouvernement de la
Bretagne à un chef breton, Nominoé, lequel maintint le pays en
paix et soumis aux ordres de l'empereur Louis jusqu'à la mort de ce dernier.
A l'avènement de Charles le Chauve, Nominoé s'estima délié
de son serment. Ce fut la guerre. Nominoé la termina victorieusement
à Ballon, près
de Bains-sur-Oust, où les Francs furent écrasés (845).
Nominoé étendit sa domination
sur les pays de Rennes et de Nantes. Pendant une dizaine d'années, il
gouverna la Bretagne en maître. Il n'hésita même pas, pour
soustraire les évêques bretons à l~obédience de l'archevêque
franc de Tours, à proclamer Dol métropole religieuse de la Bretagne.
Nominoé fut le fondateur de la monarchie
et de l'unité bretonnes. n fixa pour des siècles le destin de
la Bretagne dont il est le héros national par excellence.
Peut-être entretenait-il un dessein
plus vaste ? Sa marche conquérante fut arrêtée à
Vendôme où il mourut le 7 mars 851.
4. - LA
ROYAUTÉ BRETONNE
ERISPOÉ, fils de
Nominoé, avait hérité de la valeur guerrière de
son père et consolida son uvre après avoir battu à son
tour Charles le Chauve près du Grand-Fougeray. Le roi Franc le reconnut
comme roi des Bretons dans les limites historiques établies déjà
par Nominoé. Puis les deux princes également inquiets des incursions
normandes conclurent un accord dont certaines dispositions irritèrent
Salomon, cousin d'Erispoé. Il ourdit une conspiration qui aboutit à
l'assassinat d'Erispoé en l'an 857.
SALOMON (Salaun en breton) réalisa
aux dépens des Francs la plus grande Bretagne qui fut jamais, et dans
laquelle il intégra une partie de l'Anjou, du Maine et le Cotentin. n
a laissé le souvenir d'un administrateur autoritaire, rendant la justice
en personne ou par l'entremise de ses délégués. Sa souveraineté
s'affirme dans les actes officiels qui portent à la signature: "Seing
du roi Salomon". La tradition populaire le vénéra comme un
saint après qu'il eut été à son tour victime d'une
conspiration à l'instigation de son gendre Pascwiten et de Gurvand, gendre
d'Erispoé.
5. - LES
INVASIONS NORMANDES
A la mort de Salomon,
profitant des disputes des princes bretons, les Normands ravagèrent systématiquement
le pays. ns finirent par être écrasés à Questembert en 888 par ALAIN LE
GRAND qui fut alors reconnu comme roi par la Bretagne entière. Pendant
son règne le pays connut une longue période de paix et de prospérité.
Retour des Normands.
- Après la mort d'Alain le Grand (907),
les Normands revinrent et dévastèrent tout le pays. Les abbayes
de Landévennec et de Redon furent saccagées, Nantes détruite.
Nobles et moines durent s'enfuir. Cette période d'affreuse désolation
dura près de trente années, jusqu'au retour d'Angleterre d'ALAlN
BARBE-TORTE. Revenu en Bretagne sur les instances du chef des moines de Landévennec,
ce petit-fils d'Alain le Grand livra des batailles victorieuses à Plourivo, sur le littoral du Léon, à Nantes et enfin à Trans (939) où les dernières
bandes de Normands furent exterminées. Jusqu'à sa mort, survenue
en 952, le duc Alain s'emploiera à relever le pays de ses ruines.
6. - LES
PREMIERS DUCS DE LA BRETAGNE FÉODALE
Après la mort d'Alain
Barbe-Torte, une rivalité devait opposer les princes de la Maison de Nantes à ceux
de la Maison de Rennes. En
1066, la succession passa à la Maison de
Cornouaille qui régna jusqu'en 1148.
La domination des Plantagenets (1148-1203)
Profitant
des troubles qui s'élevèrent autour de la succession de CONAN
III, les Plantagenets, rois d'Angleterre, essayèrent de dominer la Bretagne
et de la maintenir sous une véritable tutelle. En 1203, JEAN SANS TERRE
fit égorger le jeune ARTHUR, protégé par Philippe-Auguste.
Ce meurtre de l'héritier du trône de Bretagne vint anéantir
les espoirs des Bretons. Car il était l'héritier légitime
des Plantagenets par son père GEFFROY, fils d'Henri II, dont les droits
précédaient ceux de Jean Sans Terre. Si Arthur avait échappé
au poignard de son oncle, il eut réuni de part et d'autre de la Manche
les deux tronçons du glaive celtique, comme on l'espérait alors,
et c'est pourquoi on voulut voir en lui le deuxième Arthur des Celtes.
C'est dire que le destin du monde occidental eut été différent.
7. - LA
MAISON DE DREUX
Cette famille fournit
cinq ducs qui donnèrent à la Bretagne plus d'un siècle
de calme et de prospérité (1212-1342).
Philippe-Auguste parvint à marier
la princesse Alix, demi-s ur d'Arthur, à PIERRE DE DREUX, dit "MAUCLERC".
Ce seigneur capétien prit le contrôle du duché de Bretagne
(1212-1237), l'arrachant ainsi aux convoitises des Anglais. Sa politique contre
la puissance temporelle de l'Église lui valut d'être excommunié
par le pape. Il entra aussi en lutte contre les seigneurs et le roi saint Louis,
opposés à l'unification du duché dont il sut faire un État
aux institutions solides.
JEAN Ier LE ROUX, JEAN II, ARTHUR II et
JEAN III LE BON succédèrent à Pierre Mauclerc de père
en fils. Ils surent garder la paix avec l'Angleterre et avec la France tout
en renforçant l'autorité ducale sur le clergé et sur les
nobles.
C'est à cette époque que vécut
saint YVES, de Tréguier
(1253-1303), le parfait avocat des humbles, et que fut rédigée
la Très ancienne coutume de Bretagne, uvre anonyme où se trouve consigné l'essentiel du droit
breton du moyen âge.
8. - LA
GUERRE DE SUCCESSION
DE BRETAGNE (1341-1365)
Le duc Jean III étant
mort sans enfants, sa succession fut disputée par sa nièce JEANNE
DE PENTHI VRE et par JEAN DE MONTFORT, issu d'un deuxième mariage du
duc Arthur II avec Yolande de Dreux.
Jean de Montfort, qui venait d'obtenir l'alliance
anglaise, prit les devants et s'empara d'un certain nombre de places importantes.
Le camp adverse, appuyé par le roi de France, riposta aussitôt.
Ainsi commença une longue et terrible guerre où la Bretagne, devenue
un enjeu entre les rois de France et d'Angleterre, fut affreusement ravagée.
Jean de Montfort, tombé captif du
roi de France, sa cause sembla perdue. Mais sa femme JEANNE DE FLANDRE, surnommée
JEANNE LA FLAMME, se révéla un chef intrépide et indomptable.
Elle est demeurée célèbre par le siège qu'elle soutint
victorieusement à Hennebont~ en 1342 et en 1343 contre CHARLES DE BLOIS, le mari de Jeanne de Penthièvre.
Jean de Montfort, libéré au
cours d'une trêve, devait mourir en 1345. Son fils, le futur JEAN IV,
allait terminer à son avantage cette longue guerre, bien qu'il eût
en face de lui un capitaine de la valeur de BERTRAND DU GUESCLIN. Après
des péripéties dramatiques et des faits de bravoure, tel le Combat de Trente en 1351 sur la
lande de Mi-Voie -
entre Josselin et Ploërmel, après que la Bretagne eut été
méthodiquement pillée par les troupes anglaises, l'explication
finale eut lieu en 1364 près d'Auray. Charles de Blois fut tué,
Du Guesclin fait prisonnier. Par le traité de paix signé à
Guérande en
1365, le fils de Montfort fut reconnu duc de Bretagne sous le nom de JEAN IV.
AN ALARH: JEAN IV LE CONQUÉREUR (1365-1399).
JEAN IV est l'un des personnages les plus
curieux de l'histoire de Bretagne. Devenu le seul maître du duché,
il fut tour à tour honni, chassé, réclamé puis vénéré
par tous les Bretons. Son anglophilie le fit détester du peuple qui le
contraignit, dès 1373, à retourner en Angleterre où il
avait été élevé.
Charles V commit alors l'erreur de vouloir
confisquer le duché au profit de la couronne de France. Du coup, Jean
IV fut rappelé, avec l'agrément de Jeanne de Penthièvre
elle-même. Le 3 août 1379, il débarquait à Dinard au milieu de l'enthousiasme
du peuple et des grands de Bretagne. Cette page de notre histoire est évoquée
dans un très beau chant du Barzaz-Breiz: An
Alarc'h (Le Cygne).
9. - LES
DERNIERS DUCS DE BRETAGNE
JEAN V (1399-1442). Le
fils du "Conquéreur" s'attacha à demeurer neutre entre
la France et l'Angleterre que la Guerre de Cent Ans opposait alors. Sa politique
de sagesse porta le duché à son apogée et lui valut une
longue période de prospérité économique (tissage
de toiles, essor maritime, floraison artistique: basilique du Folgoët,
chapelle du Kreisker...). C'est sous son règne que vint, en Bretagne,
le prédicateur espagnol saint Vincent Ferrier.
FRANÇOIS
Ier (1442-1450) eut également un règne brillant, mais bref. L'emprisonnement
de son frère Gilles accusé
d'intelligence avec l'Angleterre, puis son exécution, provoquèrent
une reprise des hostilités avec les Anglais.
PIERRE II (1450-1457) fit châtier
les assassins de Gilles de Bretagne. Il eut pour épouse la Bienheureuse Françoise d'Amboise, mais mourut, comme son frère François Ier, sans laisser
d'enfants. L'héritage ducal revint de droit à son oncle Arthur
de Richemont, dernier frère survivant de Jean V.
ARTHUR DE RICHEMONT s'était rendu
célèbre au service du roi Charles VII, dont il reçut l'épée
de connétable (chef
des armées). Il prit, aux côtés de Jeanne d'Arc, une part
décisive dans la lutte victorieuse contre les Anglais. Devenu duc de
Bretagne sous le nom d'ARTHUR III, il défendit énergiquement les
prérogatives et l'indépendance du duché. Mais son règne
fut éphémère (1457-1458).
FRANÇOIS II (1458-1488). La succession
d'Arthur m revint à son neveu François II. Le nouveau duc, prince
intelligent, mais indécis, eut à faire face à une situation
difficile. Le roi Louis XI, homme persévérant et rusé,
convoitait le duché et multipliait les intrigues.
François II contracta des alliances
avec les ennemis du roi, suivant les conseils de son entourage, en particulier
du trésorier général Pierre
Landais, de Vitré. Mais après la
mort de ce dernier, victime d'un complot organisé par les seigneurs du
parti français (maréchal de Rieux, vicomte de Rohan...), une nouvelle
guerre éclata avec la France. L'armée bretonne fut écrasée
à Saint-Aubin-du Cormier le 28 juillet 1488. Cette défaite décisive aboutit au
traité du Verger par
lequel le duc s'engagea à ne pas marier ses filles sans le consentement
du roi. Peu après, François II mourait de chagrin.
10. - LA
FIN DE L'INDÉPENDANCE BRETONNE
A) Anne de
Bretagne (1488-1514)
Duchesse
à onze ans, Anne de Bretagne, fille de François II, révéla
très tôt une intelligence politique de premier ordre. Avec l'aide
de précieux conseillers, dont Philippe de
Montauban, elle s'efforça de reconquérir
par la voie diplomatique ce que les armes avaient fait perdre au duché.
Elle rechercha, comme son père, l'alliance de la Maison d'Autriche, allant
jusqu'à épouser par procuration Maximilien, roi des Romains et
futur empereur. Aussitôt le roi de France invoqua les clauses du traité
du Verger qui faisaient obligation à la duchesse de ne se marier qu'avec
l'autorisation de Paris. La ville de Nantes fut livrée à Charles
VIII par le sire d'Albret. Par
cette brèche ouverte au flanc du duché, les troupes royales firent
une pénétration en force et contrôlèrent bientôt
l'ensemble du pays. Anne dut se soumettre. On organisa dès lors son mariage
avec Charles VIII qui fut célébré le 6 décembre
1491 au château de Langeais, en Touraine. Devenue reine de France, Anne sut cependant sauvegarder
par contrat les libertés et les prérogatives du duché.
Lorsque Charles VIII mourut en 1498, LOUIS
XII, son successeur, fit casser à Rome son propre mariage pour épouser
à son tour Anne de Bretagne, qui devint reine pour la deuxième
fois.
Dans ce nouveau contrat, la duchesse-reine
fit préciser, en les améliorant, les conditions d'une véritable
autonomie bretonne dans le cadre du royaume. Elle obtint notamment:
- le droit de ne payer que les impôts
consentis par les États de Bretagne;
- le droit d'appliquer les octrois uniquement
à la défense du pays;
- le droit pour les Bretons de n'être
jamais jugés hors du pays;
- le droit pour la noblesse bretonne de
ne servir hors de Bretagne que dans le cas d'extrême nécessité.
A sa mort, survenue le 15 janvier 1514,
alors qu'elle n'était âgée que de 37 ans, le peuple tout
entier pleura celle qui devait être la dernière de ses souveraines.
B) L'union
de la Bretagne à la France
Afin
d'attacher définitivement la Bretagne à la France, François
Ier épousa Claude, fille
de la duchesse Anne. Puis il obtint des États de Bretagne, réunis
à Vannes au
début du mois d'août 1532, un acte
d'union qui fut suivi d'un édit royal, lequel
stipulait que "les droits et privilèges de Bretagne seraient gardés
et observés inviolablement... sans y rien changer et innover".
C'était un véritable contrat
bilatéral qui reconnaissait à la province de Bretagne une autonomie
de fait et de droit. Aucun impôt ne devait être levé en Bretagne
sans le consentement des États. Mais on verra peu à peu le pouvoir
central multiplier les exigences. Il en résultera plus d'un conflit.
11. - LA
BRETAGNE, PROVINCE FRANÇAISE
A) Le nouveau
régime politique et administratif
La
Bretagne fut désormais administrée par un gouverneur,
représentant du roi de France dans la province.
Ce haut personnage, souvent absent, était ordinairement remplacé
par un lieutenant général-
A partir du règne de Louis XIV jusqu'à la Révolution, les
intendants furent les
agents dévoués de l'absolutisme royal.
Les États
de Bretagne se composaient de la noblesse, de représentants
du clergé et de bourgeois de quarante villes. Ils se réunissaient
tous les deux ans (une fois par an avant 1630) et leurs sessions duraient plusieurs
mois. En matière d'impôt, leur autorité était souveraine.
Le Parlement
enregistrait les édits du roi. C'était
une cour de justice qui disposait aussi de pouvoirs administratifs et politiques,
pouvant intervenir en matière de religion, d'enseignement, de santé
publique, de police, etc. Défenseur de la légalité et du
droit, le Parlement de Bretagne dut jouer, à plusieurs reprises, le rôle
de rempart contre les excès du pouvoir central.
B) Les guerres
de la Ligue
Malgré
l'adhésion de grands seigneurs comme les Rohan,
le protestantisme ne connut pas de succès
durables en Bretagne. Les guerres de religion n'épargnèrent pourtant
pas la province.
Le gouverneur, le duc
de Merc ur, marié à une héritière
directe de la famille bretonne de Penthièvre, pensa restaurer à
son profit le duché de Bretagne. Il s'opposa au futur Henri IV, alors
huguenot, et se fit un des chefs de la Ligue. Les protestants firent appel aux
Anglais, tandis que les Espagnols accoururent au secours des Ligueurs. Pendant
neuf années consécutives, la province se trouva en proie aux factions.
Villes et campagnes furent dévastées par des chefs de bandes dont
le plus célèbre, Guy de la Fontenelle,
mit à sac la Cornouaille. Au siècle
dernier, le souvenir de ses sinistres horreurs vivait encore dans la mémoire
du peuple.
Finalement Mercoeur se soumit à Henri
IV, à Nantes, en 1598. C'est dans cette ville que le roi signa le fameux
édit de tolérance religieuse donnant la paix à tous.
C) La révolte
du Papier Timbré (1675)
Sous
Louis XIV devait éclater une révolte populaire et paysanne connue
sous le nom de Révolte du Papier timbré
ou des Bonnets rouges.
Elle avait été provoquée par
la prétention du roi de percevoir des droits sur le tabac, sur la vaisselle
d'étain et de vouloir instituer le papier timbré. Des émeutes
éclatèrent à Rennes, Nantes et Guingamp; les campagnes
se soulevèrent. Les paysans de Cornouaille, en particulier, dressèrent
un Code paysan où étaient
déjà formulées les revendications de caractère révolutionnaire
qui seront reprises dans les cahiers de 1789.
Le chef des révoltés de la
région de Carhaix, Sébastien Le Balp,
pensait marcher sur Morlaix, puis sur Quimper,
lorsqu'il fut surpris et abattu. La révolte matée, une répression
féroce s'ensuivit. Elle a fait le déshonneur du duc
de Chaulnes, alors gouverneur de Bretagne. Dix
mille hommes de troupe occupèrent la province et commirent des excès
inouïs. Mme de Sévigné a parlé dans ses lettres des
"vilaines langues" des milliers de paysans qui furent pendus aux branches,
le long des routes. Le Parlement, coupable de n'avoir pas contenu la révolte,
fut exilé à Vannes.
D) La conspiration
de Pontcallec (1720)
Une
autre révolte couva plus tard au XVIIIe siècle, sous la Régence.
Ce fut le complot dit de Cellamare où se trouvèrent impliqués quelques gentilshommes, groupés
dans l'association des Frères Bretons dont l'objet était d'obtenir- avec l'appui de l'Espagne - la
restauration des privilèges de la province. Trahis, les conjurés
durent pour la plupart leur salut à la fuite. Mais quatre d'entre eux,
le marquis de Pontcallec, de Talhouët, de Montlouls
et du Couëdic,
furent arrêtés, jugés et décapités
sur la place du Bouffay à Nantes, le 26 mars 1720.
E) L'affaire
de Bretagne
Pendant
tout le XVIIIe siècle,
les États de Bretagne s'opposèrent au pouvoir royal dont les exigences
en matière d'impôts ne cessaient de croître.
En 1765, le duc d'Aiguillon,
"commandant en chef" de la province,
entra en conflit avec les États, puis avec le Parlement. Le chef de l'opposition,
le procureur général de la Chalotais, déjà célèbre par sa lutte contre les
Jésuites et par son "Essai sur l'éducation nationale",
fut arrêté et emprisonné au château du Taureau, près
de Morlaix. Tout le pays prit parti pour le Parlement dont les membres avaient
démissionné en bloc. Le duc d'Aiguillon dut abandonner ses fonctions.
12. - LA
BRETAGNE
SOUS LA RÉVOLUTION FRANÇAISE
A) Les débuts
de la Révolution
Sous
Louis XVI, le Parlement et les États de Bretagne continuèrent
de s'opposer à l'autorité des agents du roi cherchant sans relâche
à limiter leurs pouvoirs en matière d'administration provinciale.
Ce courant d'opposition qui ralliait la sympathie de l'opinion bretonne de l'époque,
et plus encore le mécontentement des classes populaires dont les conditions
d'existence étaient devenues misérables, expliquent l'adhésion
des Bretons aux idées nouvelles qui préludaient à la Révolution
française.
Les élections aux États généraux,
convoqués pour le 1er mai 1789, suscitèrent un grand espoir dans
la masse du peuple. A Versailles, les élus du tiers état - la
noblesse et le haut clergé s'étaient refusés à désigner
des représentants - se distinguèrent dès le début
par leur fermeté dans les conflits avec le roi et la cour. Ils se groupèrent
en un cercle, le Club breton, d'où devait sortir plus tard le fameux Club
des jacobins.
Lors de la
célèbre nuit du 4 août 1789,
au cours de laquelle l'Assemblée constituante,
présidée pour la circonstance par Le
Chapelier, député de Rennes, décida
d'abolir les privilèges, c'est Le Guen de
Kerangal, député de Lesneven, qui
enleva le vote par la harangue enflammée qu'il prononça à
la tribune. C'est en Bretagne aussi que prit naissance le mouvement qui devait
aboutir, le 14 juillet 1790, à la grandiose fête
de la Fédération. Dès l'été
1789, six paroisses du Cap Sizun s'étaient ainsi fédérées afin de prévenir
les tentatives possibles de contre-révolution. Leur exemple fut suivi
par Pontivy où accoururent
à l'instigation de l'étudiant morlaisien Moreau
- le futur général de l'armée
du Rhin - près de deux cents gardes nationaux bretons et angevins.
Avec la destruction de l'ancien régime
disparaissaient du même coup les anciennes institutions de la Province,
auxquelles demeuraient attachés la plupart des Bretons. Celle-ci fut
divisée sur le modèle de la France entière en cinq départements
par décret du 22 décembre 1789.
B) La question
religieuse
Partout
les "patriotes" s'employaient avec zèle à l'organisation
du nouveau régime. Celui-ci, en mettant fin aux privilèges et
au chaos administratif, et en proclamant l'égalité de tous les
citoyens, ne pouvait que répondre au désir général
des populations. Mais les choses se gâtèrent après que l'Assemblée
eut voté, le 12 juillet 1790, la constitution
civile du clergé dont Lanjuinais,
avocat de Rennes, était un des auteurs.
Quatre des neuf évêchés bretons furent supprimés.
Le bas-clergé (recteurs et vicaires des campagnes) qui avait été
dans son ensemble favorable jusque-là aux réformes politiques,
se montra cette fois docile à la voix de ses évêques et
refusa de se soumettre à la nouvelle législation religieuse, dénoncée
d'ailleurs catégoriquement par le pape. Il n'y eut, en Bretagne, qu'un
prêtre sur huit à prêter serment de fidélité
à la Constitution civile. Ceux qui s'y refusèrent, les insermentés ou réfractaires, se condamnèrent à la clandestinité, mais gardèrent
la confiance de leurs anciens fidèles, surtout dans les campagnes. Par
contre, le clergé constitutionnel, dans les rangs duquel figuraient pourtant des hommes de valeur comme
Le Coz, archevêque
de Rennes, et Expilly, le
savant évêque de Quimper, n'obtint pratiquement aucune influence
sur les masses populaires.
C) Le fédéralisme
et la Terreur
Sur
les 43 députés bretons élus à la Convention, 14
seulement votèrent la mort de Louis XVI. Beaucoup d'entre eux se méfiaient
des sections parisiennes et de la Commune de Paris à cause de la domination
qu'elles prétendaient exercer sur l'Assemblée. Leur attachement
à la Révolution demeurait toujours aussi ferme, mais la politique
de violence et de centralisation excessive que pratiquait le Comité de
salut public les rendait inquiets. Aussi presque tous prirent-ils le parti des
Girondins, c'est-à-dire des fédéralistes et des modérés,
contre celui des Montagnards, résolus à poursuivre beaucoup plus
loin l'action révolutionnaire. Les départements bretons, le Finistère
en particulier, armèrent des bataillons de volontaires pour le compte
de l'armée fédéraliste qui tentait de se constituer en
Normandie. Devenue victorieuse des Girondins, la Montagne ne pardonna pas à
ceux qui s'étaient opposés à son zèle révolutionnaire.
Vingt-six administrateurs du Finistère furent condamnés par le
tribunal révolutionnaire institué à Brest et guillotinés
en mai 1794.
Les anciens patriotes de 89, accusés
de modérantisme, furent écartés des administrations et
parfois incarcérés. La persécution religieuse s'intensifia
et finit par s'étendre au clergé constitutionnel. Choisissant
ses victimes parmi les prêtres réfractaires, les chouans, les suspects
de toutes sortes, et quelquefois parmi les femmes, la Terreur sévit partout
avec une implacable rigueur.
D) La Chouannerie
La
division du clergé breton, en jetant le trouble dans les consciences
dès la fin de 1790, devait créer un climat d'effervescence favorable
à l'éclosion de mouvements contre-révolutionnaires. Le
premier fut l'Association Bretonne de La Rouerie, héros de l'indépendance
américaine, qui forma les cadres de la future chouannerie, mais ne put,
après avoir réclamé une Constitution bretonne, appliquer
son programme parce que son chef fut victime d'une trahison. Les troubles éclatèrent
en mars 1793 lorsque la Convention, en guerre contre les monarchies européennes
coalisées, dut multiplier les réquisitions (grains, fourrages,
bétail...) et décréter la mobilisation de 300 000 hommes,
puis une levée en masse qui se traduisait en fait par l'enrôlement obligatoire des hommes
de 18 à 25 ans. Les révoltes se produisirent dans le Léon,
autour de Saint-Pol-de-Léon et de Saint-Renan, dans les pays de Lamballe,
de Fougères, de Vitré, et surtout dans la région qui s'étend
de Pontivy à Nantes. Cependant, d'une façon générale,
les paysans bretons satisfaits de la suppression du mode d'exploitation que
l'on appelait "le domaine congéable", ne prirent pas part à
la Chouannerie dont les effets allaient se prolonger jusqu'à l'avènement
de Bonaparte. Le pays gallo y participa, ainsi que le Morbihan, mais le reste
de la province demeura à l'écart de ce vaste mouvement insurrectionnel
dévié en contre-révolution catholique et royaliste. Les
chefs bretons les plus marquants en furent des gentilshommes, tels Boishardy dans les Côtes-du-Nord,
Boisguy en Ille-et-Vilaine,
lieutenant du marquis de La Rouërie; ou des paysans comme Jean Cottereau, dit Jean Chouan dans
le pays de Vitré, Guillemot surnommé le "roi de Bignan". Le plus célèbre
de tous fut le morbihannais Georges Cadoudal.
En juillet
1795, une petite armée d'émigrés convoyée par une
escadre anglaise tenta de se joindre aux chouans du Morbihan. Le débarquement
ne réussit pas. Bloqués par Hoche dans la presqu'île de
Quiberon, les rebelles durent capituler. Près de 800 d'entre eux, au
nombre desquels figurait le dernier évêque de Dol, furent passés
par les armes à Auray et à Vannes.
Ce désastre ne mit pas fin à
la chouannerie. Le calme et la paix religieuse ne revinrent qu'après
la prise du pouvoir par Bonaparte. Encore restait-il des irréductibles
qui complotèrent contre le premier Consul. Le plus obstiné de
tous, Georges Cadoudal, arrêté
par surprise, fut décapité à Paris en 1804.
Les derniers sursauts de la chouannerie
se produisirent pendant la période des Cent Jours, alors que se jouait
à Waterloo le sort de l'Empire, puis en 1831-1832 lorsque la duchesse
de Berry tenta, en
vain, de provoquer un soulèvement contre la monarchie de Juillet.
